Thermidor, An III (partie 2/2)

Posted By on 21 août 2013

Thermidor, An III

 

Partie 2 : Quatre factions et un régime

 

Suite du billet précédent…

 
Résumé : Les événements qui ont conduit à la chute des Frères musulmans ont accouché d’un régime thermidorien, réunissant quatre factions aux objectifs inconciliables à terme : les partisans de l’ancien régime, la bourgeoisie libérale, les nationalistes nostalgiques de Nasser et les salafistes du parti Nour.
 

Si cette nouvelle configuration politique égyptienne peut sembler baroque, elle n’est pas sans précédents historiques. En 1794, après un an à la tête de l’État, les robespierristes français avaient su eux aussi faire l’unanimité contre eux, et avaient été chassés du pouvoir par une coalition hétéroclite rassemblant révolutionnaires radicaux, bourgeoisie libérale et figures de l’ancien régime. Le régime du 9 Thermidor avait alors permis aux nobles émigrés de revenir en France, et avait ouvert la chasse aux partisans de Robespierre, désormais dépeints comme de dangereux « terroristes » dont la vie ne valait plus très cher.

Si les historiens s’accordent pour parler de « réaction thermidorienne », ce régime n’a pas pour autant mis fin à la révolution, ni constitué un retour à l’ancien régime (il faudra atteindre 1815 pour que celui-ci se reconstitue provisoirement sous la forme de la Restauration). Dans l’Égypte post-30 juin non plus, rien n’est encore définitivement joué (rien ne l’est jamais, d’ailleurs), et il serait d’autant plus imprudent de considérer le 3 juillet 2013 comme un point final à l’histoire de la révolution égyptienne que le régime qui en est issu est le fruit d’une alliance hétéroclite, et qu’à l’instar des Frères musulmans avant lui, il sera amené à décevoir à brève échéance une partie de ses soutiens. De fait, il est possible de distinguer au moins quatre factions, plus ou moins proches du cœur du nouveau régime, et qui espèrent toutes tirer les marrons du feu. Or, elles sont porteuses d’autant de projets de société inconciliables.

Les moubarakistes

Commençons par la faction qui semble aujourd’hui triompher, celle des partisans du président déchu Hosni Moubarak. Les moubarakistes sont nombreux et influents au sein de l’appareil de sécurité, et plus largement de l’administration, ainsi que parmi les hommes d’affaires richissimes qui entouraient Gamal Moubarak. Ils exercent aujourd’hui une forte influence sur les médias privés égyptiens, et disposent de relais dans tout le pays grâce au réseau du défunt PND, qui rassemblait les notables locaux et leur clientèle autour de l’appareil d’État. La révolution du 25 janvier les avait trouvés divisés autour de la question de la succession héréditaire du pouvoir : avec son programme de réforme néo-libérale et technocratique, Gamal Moubarak menaçait beaucoup d’intérêts constitués, à commencer par ceux des généraux. La chute de la police (28 janvier), puis celle de Moubarak, suivie par son arrestation et la dissolution du PND sur décision de justice (avril 2011) a brisé leurs rangs. D’où le sobriquet de fulûl (فلول) qui leur a alors été attribué, et qui sert à désigner les restes d’une armée en déroute.

Et en effet, les moubarakistes se sont montrés incapables de rassembler leurs forces au cours de l’année 2011, et ont participé aux élections législatives en ordre dispersé. Non seulement plusieurs partis politiques concurrents se sont créés pour rassembler les anciens du PND, mais encore ont-ils échoué à à se grouper au sein d’une coalition, contrairement à leurs adversaires salafistes, libéraux ou encore révolutionnaires. Pire encore, beaucoup de notables locaux ont cherché à sauver individuellement leur peau en négociant une place sur la liste des partis politiques islamistes ou libéraux (seule la coalition révolutionnaire a refusé catégoriquement de se livrer au recyclage des fulûl. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les partis qui la composaient avaient quitté la coalition libérale du Bloc égyptien). Les partis issus du défunt PND ont ainsi connu une véritable Bérézina électorale, les laissant avec à peine dix sièges dans l’assemblée du Peuple élue en janvier 2012.

Quelques mois plus tard, les moubarakistes ont cependant su se regrouper derrière la candidature à la présidentielle du général Ahmad Shafîq, ancien ministre de Moubarak. L’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pourtant largement perçu comme un partisan modéré de l’ancien régime et un des favoris à l’élection présidentielle, n’a pas été soutenu par les moubarakistes, et a seulement su rallier autour de sa candidature une partie de la bourgeoisie libérale et à peine un peu plus de 10 % du corps électoral. De son côté, avec plus de 23 % des voix, Ahmad Shafîq talonnait le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi, et se qualifiait pour le second tour, au terme duquel il a dû s’incliner avec un score honorable de plus de 48 % des suffrages exprimés.

Les moubarakistes dominent aujourd’hui l’étrange coalition du 30 juin mais, en dépit des apparences, ils n’ont pour l’instant pas su restaurer l’ancien régime. Notamment, ils n’ont pas encore essayé de rétablir le contrôle sur le champ politique qui caractérisait le système de Moubarak. Toute tentative de restaurer ce contrôle leur aliénerait l’ensemble de leurs alliés du moment, et relancerait probablement contre eux la contestation révolutionnaire. En effet, si celle-ci semble pour l’instant paralysée et impuissante, c’est d’abord parce qu’elle est profondément divisée quant au soutien à apporter ou non au nouveau régime. Un restauration autoritaire trop précipitée lui permettrait de refaire rapidement son unité, d’autant que la menace des Frères musulmans étant pour le moment écartée, la question de savoir qui est l’ennemi principal s’est résolue d’elle-même. Par ailleurs, l’idée selon laquelle des manifestations massives peuvent avoir raison des dirigeants du pays est désormais largement admise en Égypte : en moins de trois ans, celles-ci ont entraîné la chute de deux présidents de la République, et ont largement contribué au retrait du CSFA à l’été 2012. L’apparent triomphe des moubarakistes est donc beaucoup plus fragile qu’on ne pourrait le penser à première vue, et on les imagine mal à court terme se trouver en mesure de se passer d’alliés.

La bourgeoisie libérale

Le plus visible de ces alliés est constitué par la bourgeoisie libérale, sans doute l’élément le plus authentiquement thermidorien de cette coalition hétéroclite. Elle est représentée politiquement par plusieurs partis politiques, dont les trois plus importants sont le Wafd (le plus ancien parti égyptien, créé en 1919 par Sa`ad Zaghlûl), le parti des Égyptiens libres (créé en 2011 par le milliardaire chrétien Nagîb Sâwîris) et le parti égyptien social-démocrate (créé en 2011, ce parti comporte de nombreux universitaires dans sa direction). En 2011, cette bourgeoisie libérale a soutenu la révolution du 25 janvier du bout des lèvres : d’un côté, elle craignait ses conséquences (la victoire électorale des islamistes), mais de l’autre elle apparaissait comme la plus à même d’offrir une traduction politique aux aspirations des révolutionnaires, cherchant une troisième voie entre l’armée et les Frères musulmans. De fait, les partis politiques qui la représentent sont parvenus à constituer la plus importante minorité parlementaire face aux islamistes lors des élections législatives de 2011-2012 : derrière les Frères musulmans et leurs alliés (235 sièges) et la coalition salafiste (123 sièges), le parti Wafd occupait la troisième place avec 39 députés, suivi de près par le Bloc égyptien (coalition dominée par le parti des égyptiens libres et le parti égyptien social-démocrate) avec 34 sièges. Ce succès est en partie dû au soutien officieux de l’Église copte, et à la sympathie des électeurs chrétiens qui voyaient dans ces partis libéraux l’alternative la plus crédible aux islamistes.

Cette faction représente aujourd’hui le visage « civil » du régime du 30 juin : le premier ministre Hazem Al-Beblawi et son second vice-premier ministre (par ailleur ministre de la Coopération internationale) Ziad Bahaa-Eldin, sont tous deux issus du parti égyptien social-démocrate. Par ailleurs, le ministre de l’Industrie et du Commerce, ainsi que le ministre des Sports, sont des membres du Wafd. La fraction la plus révolutionnaire de la bourgeoisie libérale était également représentée dans ce gouvernement en la personne de Mohamed El Baradei, qui a occupé la fonction de vice-président jusqu’à sa démission le 14 août, suite à la dispersion sanglante du sit-in des Frères musulmans à Raba`. Deux membres de son parti, Al-Dustûr, sont par ailleurs toujours présents dans le gouvernement de Al-Beblawi.

Il faut comprendre que la bourgeoisie libérale égyptienne a toujours été effrayée par les islamistes et leurs excès, ainsi que par les classes populaires qui votent pour eux. Ainsi, si elle se montre généralement favorable à l’État de droit et à la démocratie, le suffrage universel lui paraît en revanche dangereux, car il permet aux islamistes de remporter les élections en mobilisant le vote des plus démunis, dépendants des institutions sociales tenues par les Frères et les salafistes pour accéder aux soins et à l’éducation. Cette méfiance à l’égard du suffrage universel se traduit dans le discours de ses représentants par une déploration de « l’ignorance » de nombreux électeurs, exploitée par les islamistes qui les appellent à « voter pour la religion ».

Du fait de cette inquiétude, les partis politiques libéraux en ont à plusieurs reprise appelé à l’armée au cours des trente derniers mois, lui demandant d’abord de mettre en place des garde-fous constitutionnels visant à garantir les droits des minorités face à la majorité islamiste, puis finalement d’intervenir directement dans le jeu politique en renversant le régime des Frères musulmans. Ils sont aujourd’hui tentés par l’instauration d’une République sinon censitaire, du moins capacitaire, plusieurs de ses représentants ayant publiquement appelé à retirer le droit de vote aux analphabètes (de 25 à 30 % de la population). Si cet objectif peut sembler irréaliste, ils espèrent au moins parvenir à exclure les islamistes du jeu politique ce qui les mettrait en position, pensent-ils, de remporter les élections.

Les nassériens

La troisième faction ralliée au régime du 30 juin est moins familière aux Occidentaux, mais elle joue un rôle très important dans les événements actuels. Il s’agit du courant politique nassérien, dont l’alliance avec les moubarakistes peut paraître surprenante si l’on songe que les nassériens ont constamment été dans l’opposition depuis le 15 mai 1971 ! Ce ralliement semble d’autant plus contre-nature que ce courant est aujourd’hui dominé par ses figures les moins enclines au compromis avec le régime de Moubarak, et qui avaient créé en 1996 le parti Karâma, dirigé par Hamdîn Sabâhî, et toujours pas légalisé à ce jour.

Sabâhî est une figure connue de l’opposition depuis sa jeunesse dans les années 1970, lorsqu’il a interpellé publiquement le président Sadate au nom du mouvement étudiant. Il a depuis été plusieurs fois emprisonné. En 2000 et en 2005, il a été élu député, et a porté la voix de l’opposition nassérienne au sein de l’assemblée du Peuple. En mai 2012, il surprend tous les observateurs en occupant la troisième place lors du premier tour des élections présidentielles, avec plus de 20 % des voix. Il était alors perçu comme le champion du camp révolutionnaire, le plus à même de le représenter dans le champ politique. Son parti, Karâma, a constitué dans les années 2000 l’une des composantes les plus dynamiques de l’opposition, participant à toutes les initiatives politiques telles que le mouvement Kefaya (2004-2005) et disposant de relais dans les mouvements sociaux. Cette présence des nassériens aux côtés des travailleurs était symbolisée par la personne de Kamâl Abû `Aitâ, membre de Karâma et fondateur du premier syndicat indépendant égyptien, celui des contrôleurs d’impôt. En 2008, son syndicat – toujours dépourvu d’existence légale – a même été accepté à la table des négociations par le régime de Moubarak. En 2011, il fonde la première fédération égyptienne de syndicats indépendants. Kamâl Abû `Aitâ est aujourd’hui ministre du Travail et de l’Immigration, et le Courant populaire – organisation fondée par Hamdîn Sabâhî au lendemain de la présidentielle – appartient au Front du Salut national qui soutient le régime du 30 juin et la répression sanglante exercée contre les Frères musulmans.

La participation de la faction nassérienne à une alliance conduite par l’armée s’explique par le fait qu’aussi sincère que soit le ralliement des nassériens à la démocratie, celle-ci leur paraît un objectif moins important que l’unité de la nation, la lutte anti-impérialiste et la justice sociale. Or, les Frères musulmans au pouvoir semblaient menacer le premier de ces objectifs, tout en trahissant les deux autres. Les nassériens sont aujourd’hui dans leur élément : en 1954 aussi, le pouvoir militaire s’était lancé dans une répression contre les Frères musulmans, avant de s’allier avec l’URSS, de nationaliser le canal de Suez, de lancer un programme de réforme agraire, et de développer un système de protection sociale pour les travailleurs. La similitude des événements laisse penser à de nombreux nostalgiques du colonel Nasser qu’ils ont trouvé dans le général Al-Sissi un nouveau champion à leur cause.

Les nassériens fournissent aujourd’hui au régime du 30 juin l’essentiel de son armature idéologique, faite d’un nationalisme exacerbé confinant parfois à la xénophobie. Les circonstances semblent pour le moment aller dans leur sens : si le nouveau régime poursuit sa répression jusqu’à éradication complète des Frères musulmans, il aura alors besoin de prendre un virage social fort pour compenser la disparition de la bienfaisance islamiste. Et comme il risque de perdre ses alliés occidentaux dans la bataille, il pourrait alors se tourner à nouveau vers la Russie. La puissance du sentiment nationaliste, exprimé politiquement par le mouvement nassérien, explique ainsi l’apparition de portraits de Vladimir Poutine à Alexandrie lors des manifestations du 26 juillet visant à « donner à l’armée mandat pour lutter contre le terrorisme ». Ces dernières semaines, des campagnes populaires se sont multipliées, exigeant le refus de l’aide américaine, la dénonciation des accords de Camp David, et le rétablissement d’une coopération militaire avec Moscou.

Le parti Nour

Enfin, la dernière faction soutenant le régime du 30 juin se tient pour l’instant en dehors de celui-ci. Il s’agit du parti Nour, émanation de la principale organisation salafiste égyptienne : la Prédication salafiste, organisée depuis et autour de la ville d’Alexandrie, mais disposant désormais de ramifications dans tout le pays. En 2011, ce parti a conduit la coalition salafiste, qui – à la surprise générale – a remporté la deuxième place à l’assemblée du Peuple avec 25 % des suffrages exprimés. Dès le début de l’année 2013, Al-Nour a prudemment pris ses distances avec les Frères musulmans, et a cherché à se poser comme une force médiatrice entre le pouvoir islamiste et l’opposition séculière. Il a rejoint le mouvement du 30 juin avec un léger retard, mais a montré sa puissance par la suite en exerçant un véritable droit de veto sur la nomination du premier ministre (Al-Baradei et Bahaa-Eldin ont été écartés à sa demande), et en obtenant le maintien des dispositions concernant la sharî`a dans la déclaration constitutionnelle du 8 juillet.

Ce ralliement de la Prédication salafiste et du parti Nour au régime du 30 juin s’explique par plusieurs facteurs. Un facteur international d’abord : ce parti est idéologiquement proche de l’Arabie saoudite, qui soutient financièrement la contre-révolution. Un facteur organisationnel ensuite : si le parti Nour n’a été créé qu’en juin 2011, la Prédication salafiste existe pour sa part depuis les années 1970. Elle s’est développée au cours des dernières décennies grâce à l’attitude très souple qu’elle a adoptée à l’égard de la sécurité d’État. Alors que les Frères musulmans jouaient au chat et à la souris avec la police de Moubarak, la Prédication salafiste s’appliquait à ne pas faire de vagues. Lorsque les Frères musulmans prenaient le contrôle d’une mosquée, ils la transformait en instrument de propagande politique, et les services de la sécurité d’État s’efforçaient alors de leur faire perdre ce contrôle. De leur côté, les prédicateurs salafistes se gardaient bien de convoyer le moindre message politique dans leurs discours. Et lorsque la sécurité d’État interdisait par exemple à ses leaders de quitter la ville d’Alexandrie, ces interdictions étaient scrupuleusement respectées. Au fil des années, une relation de confiance s’est ainsi construite entre les cadres de l’organisation et la police du régime, qui appréciait leur souplesse et leur attitude accommodante. Enfin, il existe un facteur proprement politique au ralliement du parti Nour au nouveau régime : l’affaiblissement des Frères musulmans lui fait entrevoir la possibilité d’obtenir l’hégémonie sur le camp islamiste, voire de devenir le plus puissant parti du spectre politique égyptien. Le parti Nour pourrait ainsi remplacer l’organisation frériste comme partenaire privilégié de l’armée, et pourquoi pas parvenir lui aussi un jour au pouvoir avec la bénédiction de cette dernière, par le moyen d’élections démocratiques libres et transparentes. Bien sûr, ce scénario paraît peu probable aujourd’hui, alors que les islamistes en sont réduits à se raser la barbe pour pouvoir sortir de chez eux sans mettre en péril leur intégrité physique, mais sur le moyen terme, aucun retournement de l’opinion ne paraît désormais impossible.

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Ainsi, l’Égypte du 3 juillet 2013 ressemble à celle du 11 février 2011 en ceci que tout y semble à nouveau possible. Les quatre factions qui se sont ralliées au nouveau régime portent autant de scénarios pour l’avenir du pays : restauration moubarakiste, république censitaire, république césarienne, ou encore militaro-salafisme sous le patronage saoudien. Ceci sans compter les effets d’une probable relance de la mobilisation révolutionnaire ou d’un improbable retour en grâce des Frères musulmans. Et si le moindre doute devait subsister quant à l’existence d’une dimension révolutionnaire dans les événements du 30 juin, il convient de souligner pour conclure que cette phase de mobilisation a fait sauter certains tabous que celle du 25 janvier avait laissés intacts : certaines forces au sein de la société n’hésitent plus désormais à revendiquer la laïcité (علمانية), alors que l’emploi de ce mot relevait jusqu’alors du suicide politique. Surtout, la place de l’Égypte sur l’échiquier international est aujourd’hui devenue l’enjeu de luttes politiques ouvertes, et le statu quo qui prévalait en ce domaine depuis les années du règne de Sadate est désormais publiquement remis en cause, y compris par certaines voix au sommet de l’État.

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Comments

3 Responses to “Thermidor, An III (partie 2/2)”

  1. Alain B. dit :

    Merci pour cette très éclairante analyse (de loin ce que j’ai lu de mieux informé en France) !
    Je crois que vous avez raison de souligner la persistance de l’imprévisible… D’autant qu’à lire l’intéressant portait du général al-Sissi qui vient de paraître dans Challenges (http://www.challenges.fr/monde/20130823.REU0796/aux-usa-le-general-egyptien-sissi-se-montrait-discret-et-pieux.html), on se demande comment cet homme pieux et de principes, apparemment intègre, plutôt pro-américain et opposé à l’islam politique, pourrait volontiers s’allier durablement à l’une des quatre composantes de la coalition hétéroclite qui le soutient. Le « sissisme » pourrait-il devenir à lui seul une nouvelle voie, ralliant des individus plutôt que des partis ou des idéologies ? Sans comparer à de Gaulle cet homme qui n’a pas hésité à tirer à balles réelles sur une foule désarmée, et laisse matraquer son peuple d’une propagande assez grossière, peut-on imaginer qu’il pourrait incarner une sorte de gaullisme égyptien ?

    • Merci pour ce commentaire, et pour l’article de Challenges que je ne connaissais pas.
      L’émergence du « sissisme » que vous évoquez est effectivement une possibilité. L’homme pourrait nous révéler quelques surprises, et il est sans doute moins « ancien régime » qu’il n’y paraît aujourd’hui. Pour ma part, j’aurais plutôt établi un parallèle avec Bonaparte (qui a d’ailleurs dispersé une manifestation royaliste à coups de canons sous le Directoire) : mais l’âge de Sissi colle davantage avec celui de De Gaulle !
      Attention tout de même à ne pas prendre le discours des acteurs pour argent comptant : de Gaulle n’était pas « au-dessus des partis », mais avait réussi le tour de force de rallier à la droite une partie significative de l’électorat populaire. Un hypothétique « sissisme » aurait donc besoin de s’appuyer sur au moins deux des factions présentées ici, mais en les mettant au service d’un projet national ambitieux, transcendant les intérêts de ces groupes sociaux tout en les préservant.

  2. Alain B. dit :

    Merci pour votre réponse. Depuis, l’eau du Nil a coulé sous les ponts… On parle de plus en plus d’une candidature Sissi à la prochaine (?) présidentielle, candidature encouragée publiquement par l’ex-candidat Chafik. L’élection s’apparenterait à un plebiscite, ont commenté Moussa et Sabahi. D’autre part, si l’on en croit la série de procès intentés par des particuliers contre des activistes de la première heure, tombeurs de Moubarak, le vent de l’opprobre et de la répression pourrait aussi tourner de ce côté. On se souvient de de Gaulle, à la fois énervé et drôle, lors d’une conférence de presse : « Comment voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ! » 67 ans, c’est vrai, c’est un peu vieux pour commencer. Mais 59 ?

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