Colloque « (R)évolutions contrastées en Égypte et en Turquie » (Prague, 8-9 juin 2017)

Posted By on 27 juin 2017

Coup d'envoi du colloque

Texte original de Stéphane Valter

Les 8 et 9 juin 2017 se tint à Prague un colloque international, en anglais et en français. Intitulé (R)évolutions contrastées en Égypte et en Turquie : le rôle des forces armées, il était organisé par quatre institutions : l’INALCO (Paris, laboratoire CERMOM), Normandie Université (Le Havre, laboratoire GRIC), l’Institut oriental de l’Académie des sciences de la République tchèque, et l’Université d’économie de Prague, avec le soutien de La Sofia (Société Française des Intérêts des Auteurs de l’écrit).

Première session du colloque

Le CEDEJ, en tant que tel, n’était pas organisateur de l’événement, bien que deux de ses chercheurs – Clément Steuer et Stéphane Valter, du pôle « Gouvernance et politiques publiques » – en fussent, eux, co-organisateurs.

Les intervenants venaient de quatre pays différents : France, Égypte, Turquie et République tchèque, et se réunirent dans la prestigieuse salle de réception de l’Académie des sciences, au centre historique de la ville (rue Národní, Prague 1).

Deuxième session du colloque

L’ouverture du colloque fut marquée par la présence de l’Ambassadeur de Turquie, qui était venu non seulement par intérêt pour le sujet, mais aussi pour honorer de sa présence Mme Beril Dedeoğlu, professeure à l’Université Galatasaray (Istanbul), ancienne ministre et récemment nommée présidente de son université. Après le départ de l’Ambassadeur, l’un de ses Conseillers demeura, pendant les deux jours, et prit une part active aux échanges. La mission diplomatique égyptienne fut elle aussi représentée, par le Troisième Secrétaire de l’ambassade de la République arabe d’Égypte, M. Essam Badran, qui prit lui aussi une part active aux discussions. Du côté tricolore, M. Mathieu Wellhoff, Attaché universitaire et de coopération scientifique de l’ambassade de France, nous fit également l’honneur d’assister à l’ouverture du colloque, accompagné de son assistante, Mlle Julie Hallac, chargée de mission scientifique auprès de l’Institut Français de Prague.

Ouverture du colloque

Le colloque fut ouvert par M. Ondřej Beránek directeur de l’Institut oriental, M. Jan Zouplna, directeur du département « Moyen-Orient » du même Institut, et M. Michel Bozdémir, professeur à l’INALCO.

Les échanges, en anglais et en français, portèrent sur le rôle des forces armées égyptiennes et turques, de différents points de vue : militaire (au sens stratégique et technique), politique, social, économique, etc., dans une perspective comparative. Une intervention synthétique par le professeur Jean Marcou, de l’Institut d’études politiques de Grenoble, conclut le colloque.

Professeur Jean Marcou

Parmi les points abordés, on peut citer pour la partie égyptienne : le poids du complexe militaro-industriel, la nature du système politique, les menaces régionales, les défis socio-économiques, le fonctionnement du système partisan, la diversité des approvisionnements, les finances publiques, etc. Pour la partie turque : l’héritage kémaliste, la montée de l’AKP depuis les années 2000, le rôle de la confrérie Gülen, la place de l’armée turque dans l’OTAN, la rébellion kurde, la guerre en Syrie, la récente tentative de coup d’État, etc. Sur ce dernier point important, et bien qu’il reste encore beaucoup de zones d’ombre, le professeur Michel Bozdémir fit judicieusement remarquer que les putschistes entreprirent de mener à bien en plein jour une action séditieuse pourtant nocturne quasiment par nature.

Troisième session du colloque

Si les expériences égyptienne et turque diffèrent, les points communs existent également, comme la centralisation de l’État, le poids de l’institution militaire, la multiplicité des menaces internes et externes, et autres. Un récent développement montrant l’intérêt à étudier un tel sujet, de manière comparative, tient à l’opposition actuelle autour de la question de la politique étrangère du Qatar, puisque l’Égypte s’est alignée sur l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis, qui veulent neutraliser leur turbulent voisin, alors que la Turquie annonça qu’elle allait envoyer quelque 3 000 soldats en renfort de ce dernier, dans une alliance de facto avec l’Iran (qui soutient aussi le Qatar), pourtant un pays rival sur le théâtre syrien.

Quatrième session du colloque

La publication des actes de ce colloque est prévue, aux Presses de l’INALCO, en coopération avec l’Institut oriental de l’Académie des sciences de la République tchèque.

Télécharger le programme de l’événement

Journées sur les politiques de protection du patrimoine (Alexandrie, 4-6 juin 2017)

Posted By on 20 juin 2017

Participants à la première journée

Texte original de Stéphane Valter

Le séminaire organisé conjointement par le CEDEJ (USR 3123) et l’Institut suédois d’Alexandrie (SwedAlex), les 4-6 juin 2017 à Alexandrie, dans les magnifiques locaux de l’Institut suédois (sur la corniche), fut de très bonne tenue. Avec des discussions en anglais et en arabe, il s’intitulait : Roundtable on Laws Protecting Built Heritage, et réunit plus d’une vingtaine de participants, de différents pays et de formations diverses, afin de discuter des politiques publiques de préservation du patrimoine. Il fut composé de sessions de présentation, suivies d’échanges, pour s’achever par une étude de terrain (dans le quartier de Mansheyya), avec rendu de propositions pour améliorer la préservation des monuments et du bâti, de manière générale.

L'équipe du CEDEJ au travail

Les participants venaient d’Égypte (chercheurs égyptiens ou étrangers), du Liban, du Maroc, de Suède, d’Allemagne, et d’Italie. Ils relevaient d’institutions publiques (CEDEJ, ministère égyptien de l’Agriculture, Centre d’études alexandrines, Université française d’Égypte), de sociétés privées (cabinets d’architecture), de la société civile, ou occupaient des fonctions électives. Outre la présence active du directeur du SwedAlex, le diplomate Peter Weiderud, trois députés égyptiens participèrent aux échanges : Mme Ingy Mourad (membre du groupe d’amitié franco-égyptienne au Parlement égyptien), Mme Anissa Hassouna, et M. Haitham el-Hariri.

Participation d'une députée d'Alexandrie aux travaux des journées sur la protection du patrimoine

Les échanges permirent de réfléchir à diverses expériences menées, en Égypte ou ailleurs, dans le domaine de la gestion du patrimoine urbain, monumental ou non, avec mise en valeur de zones ou quartiers, et mise en place de mécanismes de participation locale. La question des financements et de la pérennité des mesures fut également évoquée, de même que les aspects législatifs et réglementaires, aux niveaux national et local. Les questions soulevées par les participants tournèrent autour de problématiques variées : nature du système politique, décentralisation, pression démographique, historiographie, muséographie, corruption, blocages bureaucratiques, aménagement urbain, développement durable, participation des administrés, obtention de financements, partenariats public-privé, pollution, tourisme, etc.

Chercheurs du CEDEJ au travail

La présence de trois députés fut fort utile, non seulement pour la qualité des échanges, mais aussi pour faire remonter certaines revendications locales vers les niveaux politiques et administratifs supérieurs, si bien qu’il peut être espéré, de manière pragmatique, que certains problèmes propres à Alexandrie trouveront une solution rapide et satisfaisante, même modeste, étant donné que le nouveau gouverneur semblerait à l’écoute des demandes venant de la base, et que les trois députés présents semblent avoir un accès facile à ses services.

Présentation du CEAlex et débat avec une députée

Outre les aspects académiques du séminaire, le côté pragmatique fut également privilégié, ce qui permettra probablement de donner un caractère concret à certaines propositions, pour le bénéfice du patrimoine alexandrin et de la mémoire collective. Un des objectifs – apparemment atteint – du séminaire était de réfléchir, à travers un sujet (la préservation du bâti), à la question plus large de la décentralisation politique et administrative, et de la réforme de la gouvernance. Assurément, ce séminaire constitua une étape dans une réflexion plus large, en cours, sur l’adaptation des mesures aux besoins, et sur la gestion des contradictions (pression démographique et nécessité de la préservation).

Télécharger le compte-rendu détaillé de ces journées (en anglais)

Télécharger l’affiche de l’événement

Thermidor, An III (partie 2/2)

Posted By on 21 août 2013

Thermidor, An III

 

Partie 2 : Quatre factions et un régime

 

Suite du billet précédent…

 
Résumé : Les événements qui ont conduit à la chute des Frères musulmans ont accouché d’un régime thermidorien, réunissant quatre factions aux objectifs inconciliables à terme : les partisans de l’ancien régime, la bourgeoisie libérale, les nationalistes nostalgiques de Nasser et les salafistes du parti Nour.
 

Si cette nouvelle configuration politique égyptienne peut sembler baroque, elle n’est pas sans précédents historiques. En 1794, après un an à la tête de l’État, les robespierristes français avaient su eux aussi faire l’unanimité contre eux, et avaient été chassés du pouvoir par une coalition hétéroclite rassemblant révolutionnaires radicaux, bourgeoisie libérale et figures de l’ancien régime. Le régime du 9 Thermidor avait alors permis aux nobles émigrés de revenir en France, et avait ouvert la chasse aux partisans de Robespierre, désormais dépeints comme de dangereux « terroristes » dont la vie ne valait plus très cher.

Si les historiens s’accordent pour parler de « réaction thermidorienne », ce régime n’a pas pour autant mis fin à la révolution, ni constitué un retour à l’ancien régime (il faudra atteindre 1815 pour que celui-ci se reconstitue provisoirement sous la forme de la Restauration). Dans l’Égypte post-30 juin non plus, rien n’est encore définitivement joué (rien ne l’est jamais, d’ailleurs), et il serait d’autant plus imprudent de considérer le 3 juillet 2013 comme un point final à l’histoire de la révolution égyptienne que le régime qui en est issu est le fruit d’une alliance hétéroclite, et qu’à l’instar des Frères musulmans avant lui, il sera amené à décevoir à brève échéance une partie de ses soutiens. De fait, il est possible de distinguer au moins quatre factions, plus ou moins proches du cœur du nouveau régime, et qui espèrent toutes tirer les marrons du feu. Or, elles sont porteuses d’autant de projets de société inconciliables.

Les moubarakistes

Commençons par la faction qui semble aujourd’hui triompher, celle des partisans du président déchu Hosni Moubarak. Les moubarakistes sont nombreux et influents au sein de l’appareil de sécurité, et plus largement de l’administration, ainsi que parmi les hommes d’affaires richissimes qui entouraient Gamal Moubarak. Ils exercent aujourd’hui une forte influence sur les médias privés égyptiens, et disposent de relais dans tout le pays grâce au réseau du défunt PND, qui rassemblait les notables locaux et leur clientèle autour de l’appareil d’État. La révolution du 25 janvier les avait trouvés divisés autour de la question de la succession héréditaire du pouvoir : avec son programme de réforme néo-libérale et technocratique, Gamal Moubarak menaçait beaucoup d’intérêts constitués, à commencer par ceux des généraux. La chute de la police (28 janvier), puis celle de Moubarak, suivie par son arrestation et la dissolution du PND sur décision de justice (avril 2011) a brisé leurs rangs. D’où le sobriquet de fulûl (فلول) qui leur a alors été attribué, et qui sert à désigner les restes d’une armée en déroute.

Et en effet, les moubarakistes se sont montrés incapables de rassembler leurs forces au cours de l’année 2011, et ont participé aux élections législatives en ordre dispersé. Non seulement plusieurs partis politiques concurrents se sont créés pour rassembler les anciens du PND, mais encore ont-ils échoué à à se grouper au sein d’une coalition, contrairement à leurs adversaires salafistes, libéraux ou encore révolutionnaires. Pire encore, beaucoup de notables locaux ont cherché à sauver individuellement leur peau en négociant une place sur la liste des partis politiques islamistes ou libéraux (seule la coalition révolutionnaire a refusé catégoriquement de se livrer au recyclage des fulûl. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les partis qui la composaient avaient quitté la coalition libérale du Bloc égyptien). Les partis issus du défunt PND ont ainsi connu une véritable Bérézina électorale, les laissant avec à peine dix sièges dans l’assemblée du Peuple élue en janvier 2012.

Quelques mois plus tard, les moubarakistes ont cependant su se regrouper derrière la candidature à la présidentielle du général Ahmad Shafîq, ancien ministre de Moubarak. L’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pourtant largement perçu comme un partisan modéré de l’ancien régime et un des favoris à l’élection présidentielle, n’a pas été soutenu par les moubarakistes, et a seulement su rallier autour de sa candidature une partie de la bourgeoisie libérale et à peine un peu plus de 10 % du corps électoral. De son côté, avec plus de 23 % des voix, Ahmad Shafîq talonnait le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi, et se qualifiait pour le second tour, au terme duquel il a dû s’incliner avec un score honorable de plus de 48 % des suffrages exprimés.

Les moubarakistes dominent aujourd’hui l’étrange coalition du 30 juin mais, en dépit des apparences, ils n’ont pour l’instant pas su restaurer l’ancien régime. Notamment, ils n’ont pas encore essayé de rétablir le contrôle sur le champ politique qui caractérisait le système de Moubarak. Toute tentative de restaurer ce contrôle leur aliénerait l’ensemble de leurs alliés du moment, et relancerait probablement contre eux la contestation révolutionnaire. En effet, si celle-ci semble pour l’instant paralysée et impuissante, c’est d’abord parce qu’elle est profondément divisée quant au soutien à apporter ou non au nouveau régime. Un restauration autoritaire trop précipitée lui permettrait de refaire rapidement son unité, d’autant que la menace des Frères musulmans étant pour le moment écartée, la question de savoir qui est l’ennemi principal s’est résolue d’elle-même. Par ailleurs, l’idée selon laquelle des manifestations massives peuvent avoir raison des dirigeants du pays est désormais largement admise en Égypte : en moins de trois ans, celles-ci ont entraîné la chute de deux présidents de la République, et ont largement contribué au retrait du CSFA à l’été 2012. L’apparent triomphe des moubarakistes est donc beaucoup plus fragile qu’on ne pourrait le penser à première vue, et on les imagine mal à court terme se trouver en mesure de se passer d’alliés.

La bourgeoisie libérale

Le plus visible de ces alliés est constitué par la bourgeoisie libérale, sans doute l’élément le plus authentiquement thermidorien de cette coalition hétéroclite. Elle est représentée politiquement par plusieurs partis politiques, dont les trois plus importants sont le Wafd (le plus ancien parti égyptien, créé en 1919 par Sa`ad Zaghlûl), le parti des Égyptiens libres (créé en 2011 par le milliardaire chrétien Nagîb Sâwîris) et le parti égyptien social-démocrate (créé en 2011, ce parti comporte de nombreux universitaires dans sa direction). En 2011, cette bourgeoisie libérale a soutenu la révolution du 25 janvier du bout des lèvres : d’un côté, elle craignait ses conséquences (la victoire électorale des islamistes), mais de l’autre elle apparaissait comme la plus à même d’offrir une traduction politique aux aspirations des révolutionnaires, cherchant une troisième voie entre l’armée et les Frères musulmans. De fait, les partis politiques qui la représentent sont parvenus à constituer la plus importante minorité parlementaire face aux islamistes lors des élections législatives de 2011-2012 : derrière les Frères musulmans et leurs alliés (235 sièges) et la coalition salafiste (123 sièges), le parti Wafd occupait la troisième place avec 39 députés, suivi de près par le Bloc égyptien (coalition dominée par le parti des égyptiens libres et le parti égyptien social-démocrate) avec 34 sièges. Ce succès est en partie dû au soutien officieux de l’Église copte, et à la sympathie des électeurs chrétiens qui voyaient dans ces partis libéraux l’alternative la plus crédible aux islamistes.

Cette faction représente aujourd’hui le visage « civil » du régime du 30 juin : le premier ministre Hazem Al-Beblawi et son second vice-premier ministre (par ailleur ministre de la Coopération internationale) Ziad Bahaa-Eldin, sont tous deux issus du parti égyptien social-démocrate. Par ailleurs, le ministre de l’Industrie et du Commerce, ainsi que le ministre des Sports, sont des membres du Wafd. La fraction la plus révolutionnaire de la bourgeoisie libérale était également représentée dans ce gouvernement en la personne de Mohamed El Baradei, qui a occupé la fonction de vice-président jusqu’à sa démission le 14 août, suite à la dispersion sanglante du sit-in des Frères musulmans à Raba`. Deux membres de son parti, Al-Dustûr, sont par ailleurs toujours présents dans le gouvernement de Al-Beblawi.

Il faut comprendre que la bourgeoisie libérale égyptienne a toujours été effrayée par les islamistes et leurs excès, ainsi que par les classes populaires qui votent pour eux. Ainsi, si elle se montre généralement favorable à l’État de droit et à la démocratie, le suffrage universel lui paraît en revanche dangereux, car il permet aux islamistes de remporter les élections en mobilisant le vote des plus démunis, dépendants des institutions sociales tenues par les Frères et les salafistes pour accéder aux soins et à l’éducation. Cette méfiance à l’égard du suffrage universel se traduit dans le discours de ses représentants par une déploration de « l’ignorance » de nombreux électeurs, exploitée par les islamistes qui les appellent à « voter pour la religion ».

Du fait de cette inquiétude, les partis politiques libéraux en ont à plusieurs reprise appelé à l’armée au cours des trente derniers mois, lui demandant d’abord de mettre en place des garde-fous constitutionnels visant à garantir les droits des minorités face à la majorité islamiste, puis finalement d’intervenir directement dans le jeu politique en renversant le régime des Frères musulmans. Ils sont aujourd’hui tentés par l’instauration d’une République sinon censitaire, du moins capacitaire, plusieurs de ses représentants ayant publiquement appelé à retirer le droit de vote aux analphabètes (de 25 à 30 % de la population). Si cet objectif peut sembler irréaliste, ils espèrent au moins parvenir à exclure les islamistes du jeu politique ce qui les mettrait en position, pensent-ils, de remporter les élections.

Les nassériens

La troisième faction ralliée au régime du 30 juin est moins familière aux Occidentaux, mais elle joue un rôle très important dans les événements actuels. Il s’agit du courant politique nassérien, dont l’alliance avec les moubarakistes peut paraître surprenante si l’on songe que les nassériens ont constamment été dans l’opposition depuis le 15 mai 1971 ! Ce ralliement semble d’autant plus contre-nature que ce courant est aujourd’hui dominé par ses figures les moins enclines au compromis avec le régime de Moubarak, et qui avaient créé en 1996 le parti Karâma, dirigé par Hamdîn Sabâhî, et toujours pas légalisé à ce jour.

Sabâhî est une figure connue de l’opposition depuis sa jeunesse dans les années 1970, lorsqu’il a interpellé publiquement le président Sadate au nom du mouvement étudiant. Il a depuis été plusieurs fois emprisonné. En 2000 et en 2005, il a été élu député, et a porté la voix de l’opposition nassérienne au sein de l’assemblée du Peuple. En mai 2012, il surprend tous les observateurs en occupant la troisième place lors du premier tour des élections présidentielles, avec plus de 20 % des voix. Il était alors perçu comme le champion du camp révolutionnaire, le plus à même de le représenter dans le champ politique. Son parti, Karâma, a constitué dans les années 2000 l’une des composantes les plus dynamiques de l’opposition, participant à toutes les initiatives politiques telles que le mouvement Kefaya (2004-2005) et disposant de relais dans les mouvements sociaux. Cette présence des nassériens aux côtés des travailleurs était symbolisée par la personne de Kamâl Abû `Aitâ, membre de Karâma et fondateur du premier syndicat indépendant égyptien, celui des contrôleurs d’impôt. En 2008, son syndicat – toujours dépourvu d’existence légale – a même été accepté à la table des négociations par le régime de Moubarak. En 2011, il fonde la première fédération égyptienne de syndicats indépendants. Kamâl Abû `Aitâ est aujourd’hui ministre du Travail et de l’Immigration, et le Courant populaire – organisation fondée par Hamdîn Sabâhî au lendemain de la présidentielle – appartient au Front du Salut national qui soutient le régime du 30 juin et la répression sanglante exercée contre les Frères musulmans.

La participation de la faction nassérienne à une alliance conduite par l’armée s’explique par le fait qu’aussi sincère que soit le ralliement des nassériens à la démocratie, celle-ci leur paraît un objectif moins important que l’unité de la nation, la lutte anti-impérialiste et la justice sociale. Or, les Frères musulmans au pouvoir semblaient menacer le premier de ces objectifs, tout en trahissant les deux autres. Les nassériens sont aujourd’hui dans leur élément : en 1954 aussi, le pouvoir militaire s’était lancé dans une répression contre les Frères musulmans, avant de s’allier avec l’URSS, de nationaliser le canal de Suez, de lancer un programme de réforme agraire, et de développer un système de protection sociale pour les travailleurs. La similitude des événements laisse penser à de nombreux nostalgiques du colonel Nasser qu’ils ont trouvé dans le général Al-Sissi un nouveau champion à leur cause.

Les nassériens fournissent aujourd’hui au régime du 30 juin l’essentiel de son armature idéologique, faite d’un nationalisme exacerbé confinant parfois à la xénophobie. Les circonstances semblent pour le moment aller dans leur sens : si le nouveau régime poursuit sa répression jusqu’à éradication complète des Frères musulmans, il aura alors besoin de prendre un virage social fort pour compenser la disparition de la bienfaisance islamiste. Et comme il risque de perdre ses alliés occidentaux dans la bataille, il pourrait alors se tourner à nouveau vers la Russie. La puissance du sentiment nationaliste, exprimé politiquement par le mouvement nassérien, explique ainsi l’apparition de portraits de Vladimir Poutine à Alexandrie lors des manifestations du 26 juillet visant à « donner à l’armée mandat pour lutter contre le terrorisme ». Ces dernières semaines, des campagnes populaires se sont multipliées, exigeant le refus de l’aide américaine, la dénonciation des accords de Camp David, et le rétablissement d’une coopération militaire avec Moscou.

Le parti Nour

Enfin, la dernière faction soutenant le régime du 30 juin se tient pour l’instant en dehors de celui-ci. Il s’agit du parti Nour, émanation de la principale organisation salafiste égyptienne : la Prédication salafiste, organisée depuis et autour de la ville d’Alexandrie, mais disposant désormais de ramifications dans tout le pays. En 2011, ce parti a conduit la coalition salafiste, qui – à la surprise générale – a remporté la deuxième place à l’assemblée du Peuple avec 25 % des suffrages exprimés. Dès le début de l’année 2013, Al-Nour a prudemment pris ses distances avec les Frères musulmans, et a cherché à se poser comme une force médiatrice entre le pouvoir islamiste et l’opposition séculière. Il a rejoint le mouvement du 30 juin avec un léger retard, mais a montré sa puissance par la suite en exerçant un véritable droit de veto sur la nomination du premier ministre (Al-Baradei et Bahaa-Eldin ont été écartés à sa demande), et en obtenant le maintien des dispositions concernant la sharî`a dans la déclaration constitutionnelle du 8 juillet.

Ce ralliement de la Prédication salafiste et du parti Nour au régime du 30 juin s’explique par plusieurs facteurs. Un facteur international d’abord : ce parti est idéologiquement proche de l’Arabie saoudite, qui soutient financièrement la contre-révolution. Un facteur organisationnel ensuite : si le parti Nour n’a été créé qu’en juin 2011, la Prédication salafiste existe pour sa part depuis les années 1970. Elle s’est développée au cours des dernières décennies grâce à l’attitude très souple qu’elle a adoptée à l’égard de la sécurité d’État. Alors que les Frères musulmans jouaient au chat et à la souris avec la police de Moubarak, la Prédication salafiste s’appliquait à ne pas faire de vagues. Lorsque les Frères musulmans prenaient le contrôle d’une mosquée, ils la transformait en instrument de propagande politique, et les services de la sécurité d’État s’efforçaient alors de leur faire perdre ce contrôle. De leur côté, les prédicateurs salafistes se gardaient bien de convoyer le moindre message politique dans leurs discours. Et lorsque la sécurité d’État interdisait par exemple à ses leaders de quitter la ville d’Alexandrie, ces interdictions étaient scrupuleusement respectées. Au fil des années, une relation de confiance s’est ainsi construite entre les cadres de l’organisation et la police du régime, qui appréciait leur souplesse et leur attitude accommodante. Enfin, il existe un facteur proprement politique au ralliement du parti Nour au nouveau régime : l’affaiblissement des Frères musulmans lui fait entrevoir la possibilité d’obtenir l’hégémonie sur le camp islamiste, voire de devenir le plus puissant parti du spectre politique égyptien. Le parti Nour pourrait ainsi remplacer l’organisation frériste comme partenaire privilégié de l’armée, et pourquoi pas parvenir lui aussi un jour au pouvoir avec la bénédiction de cette dernière, par le moyen d’élections démocratiques libres et transparentes. Bien sûr, ce scénario paraît peu probable aujourd’hui, alors que les islamistes en sont réduits à se raser la barbe pour pouvoir sortir de chez eux sans mettre en péril leur intégrité physique, mais sur le moyen terme, aucun retournement de l’opinion ne paraît désormais impossible.

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Ainsi, l’Égypte du 3 juillet 2013 ressemble à celle du 11 février 2011 en ceci que tout y semble à nouveau possible. Les quatre factions qui se sont ralliées au nouveau régime portent autant de scénarios pour l’avenir du pays : restauration moubarakiste, république censitaire, république césarienne, ou encore militaro-salafisme sous le patronage saoudien. Ceci sans compter les effets d’une probable relance de la mobilisation révolutionnaire ou d’un improbable retour en grâce des Frères musulmans. Et si le moindre doute devait subsister quant à l’existence d’une dimension révolutionnaire dans les événements du 30 juin, il convient de souligner pour conclure que cette phase de mobilisation a fait sauter certains tabous que celle du 25 janvier avait laissés intacts : certaines forces au sein de la société n’hésitent plus désormais à revendiquer la laïcité (علمانية), alors que l’emploi de ce mot relevait jusqu’alors du suicide politique. Surtout, la place de l’Égypte sur l’échiquier international est aujourd’hui devenue l’enjeu de luttes politiques ouvertes, et le statu quo qui prévalait en ce domaine depuis les années du règne de Sadate est désormais publiquement remis en cause, y compris par certaines voix au sommet de l’État.

Thermidor, An III (partie 1/2)

Posted By on 21 août 2013

Thermidor, An III

 

Partie 1 : Révolution et contre-révolution sont sur un bateau…

 

Résumé : Les Frères musulmans ont remporté les élections de 2012 en faisant des promesses contradictoires aux révolutionnaires et aux contre-révolutionnaires. Une fois au pouvoir, les contradictions inhérentes à cette stratégie les ont menés à leur perte, en relançant à leurs dépends à la fois la révolution et la contre-révolution, unies dans l’objectif de les chasser du pouvoir.

 

Depuis le début des événements du Printemps arabe, une grande partie des commentateurs occidentaux n’ont cessé de rabattre l’irruption de la nouveauté dans cette région du monde sur les modèles du passé. Suite à la victoire électorale de Al-Nahda en Tunisie en octobre 2011, et jusqu’à la veille du 30 juin, le récit dominant était celui de « l’automne islamiste » : les Frères musulmans avaient « détourné » les révolutions arabes et s’apprêtaient à plonger les sociétés du Moyen-Orient dans une nuit obscurantiste en privant les femmes de leurs droits et en persécutant les minorités religieuses. Les plus coupés des réalités allaient jusqu’à comparer l’Égypte et la Tunisie à l’Iran, et voyaient en Mohamed Morsi un nouvel ayatollah Khomeiny ! Les manifestations du 30 juin et le coup d’État du 3 juillet ont fait voler en éclats cette interprétation des faits. C’est alors que le modèle algérien s’est imposé sous la plume des éditorialistes : les généraux avaient interrompu un processus démocratique qui ne profitait qu’aux islamistes, et l’Égypte allait immanquablement s’enfoncer dans la guerre civile !

La guerre civile ne venant pas, faute de combattants, le sens commun veut désormais voir dans les récents événements une victoire définitive des tenants de l’ancien régime : les 30 mois écoulés n’auraient été qu’une parenthèse plus ou moins enchantée, et l’Égypte de Moubarak renaîtrait désormais de ses cendres pour reprendre comme si rien ne s’était passé. Ces différents récits sont toujours exprimés sur le même ton, au mieux désabusé au pire jubilatoire, et sur l’air du « on vous l’avait bien dit ». Et qu’est-ce qu’on nous avait bien dit au juste ? Il convient ici de noter que ces interprétations successives des événements succombent toujours à la même tentation téléologique : la situation en cours est définitive en même temps qu’elle était prévisible. Et toutes ces « fins de l’histoire » plus provisoires les unes que les autres apportent invariablement la même morale : « les peuples arabes ne sont pas faits pour la démocratie », et seraient condamnés à balancer éternellement entre la botte des militaires et la férule des religieux.

Il semblerait que quoi qu’il puisse se passer en Égypte, l’Occident le percevra toujours selon les mêmes lunettes : celles de l’incapacité des peuples arabes à prendre en main leur destin. Et pourtant, pas plus que l’Égypte de Morsi n’était un État islamique, le régime du 30 juin ne constitue un retour pur et simple à l’ère moubarakienne. La situation demeure aussi compliquée aujourd’hui qu’elle l’était hier, et ne se coule pas dans le moule d’un schéma édifiant. L’histoire politique égyptienne des trente derniers mois, n’en déplaise aux moralistes, n’a pas pour fonction de donner une leçon aux « naïfs » qui ont cru béatement aux promesses de la révolution 2.0.

Les Frères musulmans n’ont jamais été en mesure de « détourner la révolution », encore moins d’imposer un ordre religieux à une Égypte en pleine effervescence révolutionnaire. Certes, ils ont vu dans la chute de Moubarak une opportunité historique : une transition démocratique qui se limiterait à une ouverture du champ politique et à l’organisation d’élections transparentes et non-truquées ne pouvait que leur bénéficier. Face au PND, très vite dissous sur décision de justice, eux seuls possédaient un réseau serré d’institutions religieuses et sociales maillant tout le pays et leur permettant de mobiliser en leur faveur le vote des plus démunis. Ils étaient également les mieux pourvus en moyens humains et financiers et en expérience organisationnelle pour mener bataille dans les urnes.

Cependant, ils avaient besoin de faire accepter par leurs adversaires cette victoire annoncée : les révolutionnaires avaient les moyens de causer des dommages à leur image dans l’opinion publique, tant domestique qu’internationale, tandis que les militaires disposaient de la capacité de les priver par les armes des fruits de leur triomphe électoral. Aussi les Frères musulmans ont-ils fait des promesses contradictoires aux deux camps opposés, et payent aujourd’hui le prix de cette duplicité : aux révolutionnaires, ils ont affirmé leur volonté de « réaliser les objectifs de la révolution », en mettant en œuvre la justice sociale, en purgeant l’administration de ses éléments moubarakistes et en réformant l’appareil de sécurité ; aux dirigeants de l’armée, ils ont laissé entendre qu’eux seuls étaient en mesure de mettre un terme à la contestation révolutionnaire, grâce à l’ampleur et à l’enracinement de leur organisation hiérarchisée et centralisée. Cette stratégie a parfaitement réussi à les mener au pouvoir, et les Frères musulmans ont systématiquement remporté toutes les élections organisées depuis la chute de Moubarak. Mais elle devait aussi fatalement les amener à trahir et décevoir l’un des deux camps.

Ils ont réussi l’exploit de décevoir les deux, et de les liguer contre eux, le tout en un temps record. Rappelons qu’en juin 2012, Mohammed Morsi a remporté le second tour de l’élection présidentielle face au général Ahmad Shafîq, avec le soutien d’une partie des organisations révolutionnaires. Sa victoire s’est jouée sur le fil (moins de 52 % des suffrages exprimés), prouvant ainsi que ce soutien avait été décisif. Néanmoins, suite à la passation des pouvoirs, il a formé un gouvernement duquel les révolutionnaires étaient absents, mais qui était ouvert… aux dirigeants de l’armée et à d’anciens ministres appointés sous le règne du Conseil supérieur des forces armées (CSFA) ! Malgré tout, plusieurs forces révolutionnaires, dont l’une des plus anciennes et des mieux organisées, le mouvement du 6 avril, ont continué à soutenir Morsi et les Frères musulmans dans leur bras de fer avec ledit CSFA. Lorsqu’en août 2012, le premier président égyptien régulièrement élu a placé en retraite anticipée ses principaux dirigeants – le maréchal Tantawi et le général Anan – pour les remplacer par le chef des renseignements militaires, le général Al-Sissi, ceux-ci ont applaudi ce qui semblait être un premier pas, décisif, dans la mise au pas de l’appareil de sécurité, et la consolidation du pouvoir d’hommes politiques civils élus à la tête de l’État.

Mais les Frères musulmans ont rapidement commencé à perdre le soutien des révolutionnaires en faisant preuve d’arrogance et de mépris envers l’opposition séculière, notamment au sein de la commission constituante. Avec leurs alliés, ils ont cherché à faire passer sans discussion plusieurs amendements contestés, concernant notamment la place de la religion dans la société, mais aussi la sanctuarisation de la place de l’armée au sein des institutions de l’État. La rupture est définitivement consommée lorsque Mohammed Morsi décide de passer en force, avec la déclaration constitutionnelle du 22 novembre, puis l’organisation précipitée d’un référendum les 15 et 22 décembre pour faire approuver un texte constitutionnel extrêmement contesté. L’attitude dictatoriale des Frères musulmans jette alors l’ensemble des forces d’opposition dans les rues, où révolutionnaires et libéraux fraternisent avec les contre-révolutionnaires qui commencent à entrevoir la possibilité de venger la défaite électorale du général Shafîq.

Dès lors, il devient impossible pour Morsi de poursuivre plus avant la purge des anciens moubarakistes, chaque tentative en ce sens étant unanimement décriée comme manifestant une volonté de « frérisation » de l’État. Le piège commence alors à se refermer sur les Frères musulmans : ils ont remporté toutes les élections mais ont échoué à s’assurer le contrôle de l’administration, qui leur aurait permis d’agir et d’impulser des politiques. Au cours des six mois qui suivent, l’Égypte s’enfonce dans une contestation rampante : les campagnes de désobéissance civile s’enchaînent sans entraîner la moindre réaction de la police, qui semble avoir disparu, le sentiment d’insécurité se répand à travers le pays et l’économie se détériore à vue d’œil sans que rien ne soit fait pour améliorer la situation. Malgré les tentatives de médiation du parti salafiste Al-Nour, plus aucun dialogue n’est possible à ce stade entre les Frères musulmans et leurs quelques alliés islamistes d’un côté, et l’opposition de l’autre, rassemblée toutes tendances confondues au sein d’un Front du Salut national.

C’est dans ce contexte qu’est lancée la campagne Tamarroud, visant à rassembler des millions de signatures pour réclamer la destitution de Morsi et l’organisation d’élections présidentielles anticipées. La récolte de signatures doit se conclure par une manifestation le 30 juin, jour anniversaire de l’entrée en fonction de Mohammed Morsi. Au cours des semaines qui précédent cette échéance, le ministre de la Défense Al-Sissi émet plusieurs signaux laissant entendre que l’armée suit l’initiative d’un œil favorable. Il faut dire que la mise à l’écart des dirigeants du CSFA avait été vécue comme une humiliation par les dirigeants de l’armée, qui s’inquiètent également de la montée de la contestation jihadiste armée dans le Sinaï (que les Frères musulmans ne semblent pas pressés de combattre) et du soutien ouvert apporté aux révolutionnaires syriens par Mohammed Morsi. La politique étrangère menée par ce dernier leur semble mettre en danger la sécurité de l’Égypte, et l’idée se répand que les Frères musulmans poursuivent des objectifs à l’échelle internationale, et que l’Égypte n’est qu’un pion dans leurs mains, pion qu’ils n’hésiteraient pas à sacrifier si l’intérêt supérieur de la Confrérie le leur commandait. Parallèlement, face à l’impasse du dialogue politique dans laquelle le pays s’est enferré avec l’adoption de la Constitution, beaucoup de leaders de l’opposition se sont résignés à faire appel à l’armée pour chasser les Frères musulmans du pouvoir.

En un an, ces derniers sont donc parvenus à relancer contre eux à la fois la révolution et la contre-révolution. Les événements du 30 juin sont en effet révolutionnaires : les masses se sont soulevées, à l’appel notamment de diverses organisations révolutionnaires, pour obtenir le départ des dirigeants du pays et un changement d’orientation politique, exprimé par le slogan « Pain, liberté et justice sociale », qui avait également dominé les manifestations du 25 janvier 2011. Mais les événements du 30 juin sont également contre-révolutionnaires : des policiers étaient dans les rues au milieu des manifestants, ainsi que la clientèle des notables locaux anciennement membres du PND, et les hommes d’affaires proches du clan Moubarak ont usé de leur fortune en faveur de cette mobilisation. Surtout, ces événements se sont soldés par un coup d’État de l’armée, et par le soutien financier immédiat et massif des monarchies pétrolières du Golfe menées par l’Arabie Saoudite.

Lorsque l’on parle de révolution et de contre-révolution, il ne s’agit pas de simples concepts désincarnés, ni même de processus sociaux entraînant les acteurs malgré eux. Les deux mouvements sont portés par des groupes sociaux concrets, ainsi que par leurs intérêts. Les révolutions arabes ne sont pas nées de Facebook et de Twitter, mais de la conjonction de deux facteurs : la fin de la transition démographique et le renouveau des luttes sociales depuis la fin des années 1990. Elles sont ainsi portées par des organisations de jeunesse s’appuyant sur une génération démographiquement majoritaire, et bien plus instruite et diplômée que celle de ses aînés, mais aussi par des mouvements sociaux prenant parfois la forme de syndicats indépendants, et notamment ouvriers. Les révolutionnaires s’appuient ainsi sur des tendances démographiques et sociales lourdes, contre lesquelles les Frères se sont révélés totalement désarmés, et qui n’ont pas disparu par enchantement avec la chute de Morsi (pas plus qu’elles n’avaient disparu le 11 février 2011 avec celle de Moubarak). De son côté, la contre-révolution exprime les intérêts de ceux dont les privilèges pourraient être menacés par le changement en cours : hommes d’affaires proches de l’ancien régime, notables locaux, dirigeants de la police et de l’armée, mais aussi monarques du Golfe inquiets d’une éventuelle contagion révolutionnaire sur leurs terres. Et tout comme les événements du 30 juin sont à la fois révolutionnaires et contre-révolutionnaires, le régime qui en est issu comporte deux dimensions. Il est certes dominé par des éléments contre-révolutionnaires, mais les éléments révolutionnaires n’en sont pas pour autant absents.

La suite ici…

Colloque 2011 du CCMO

Posted By on 27 mars 2011

Le 6 avril 2011, le Cercle des chercheurs sur le Moyen-orient (CCMO) organise son premier colloque au Palais du Luxembourg à Paris.

J’y interviendrai lors de la deuxième table ronde, pour parler des mouvements de l’opposition égyptienne.

 

Voici le programme complet du colloque :

 

Du Maghreb au Golfe, nouvelles dynamiques et identités au Moyen-Orient

 

9h30 Ouverture et introduction

Sébastien Boussois (président du CCMO)

 

10h Tensions et conflits

Modérateur : Dominique Vidal (historien et collaborateur du Monde diplomatique)

– « Le Tribunal spécial pour le Liban, otage du vide politique libanais ? (Jean-Baptiste Beauchard, IRSEM & CECOJI)

– « L’armée libanaise : acteur national, acteur régional » (Nayla Moussa, IEP Paris)

– « La Syrie : repositionnement stratégique et enjeux de politique étrangère » (Manon-Nour Tannous, Université Paris 2)

– « L’introuvable État palestinien » (Julien Salingue, Université Paris 8 )

 

11h20 Pause

 

11h40 Construction et reconstruction politique

Modérateur : Mathieu Bouchard (doctorant Université Paris 1)

– « À la recherche du plus petit dénominateur commun : la convergence des acteurs de l’opposition égyptienne autour des notions de société civile et de démocratie » (Clément Steuer, IEP Lyon)

– « L’État libanais dans la reconstruction post-2006 du Sud : un retour en trompe-l’œil ? » (Julie Chapuis, EHESS)

– « Les chiites dans le processus politique irakien post-Saddam » (Marius Lazar, Université Paris 8 )

– « L’influence de la sphère juridique en terrain autoritaire. L’Égypte à l’ère Hosni Moubarak » (Omar Shalaby, Université d’Ottawa)

 

13h Pause-déjeuner

 

15h Société, société civile et démocratie

Modérateur : Frank Tétart (maître de conférences à l’IEP Paris et rédacteur en chef délégué de Moyen-Orient)

– « Les sociétés civiles dans le Golfe » (Stéphanie Jacquet, Université Grenoble 2)

– « S’opposer en contexte autoritaire. Le cas des partis d’opposition algériens » (Layla Baamara, IEP Aix-en-Provence)

– « La Turquie, modèle de démocratie au Moyen-Orient ? » (Rukiye Tinas, IEP Lyon, UMR 5206 Triangle)

 

16h15 Pause

 

16h30 Répercussions internationales

Modérateur : Julien Salingue (doctorant Université Paris 8 )

– « L’image de l’Autre. L’Europe et le Hamas », (Sidney Leclercq, Université libre de Bruxelles)

– « L’invention de l’alter-Palestine. Les stratégies médiatiques des mouvements anti-occupation durant la seconde Intifada, 2000-2006 » (Benjamin Ferron, Université Rennes 1)

– « Sauver la mer Morte, un enjeu pour la paix au Proche-Orient ? Politique, géopolitique et coopération autour du Red Dead Sea Canal » (Sébastien Boussois, Université libre de Bruxelles)

– « La question de Palestine, mise en perspective historique d’une passion européenne » (Mathieu Bouchard, Université Paris 1)

 

Vous pouvez télécharger la plaquette sur le site du CCMO.

L’entrée au colloque se situera 26, rue de Vaugirard. En raison du nombre limité de places, les inscriptions sont obligatoires : envoyer un mail à contactccmo@gmail.com


La commission de réforme de la Constitution égyptienne rend ses travaux

Posted By on 27 février 2011

La formation de la commission chargée de la révision de la Constitution égyptienne (اللجنة المكلفة بتعديل الدستور), le 16 février dernier, a été le premier geste concret démontrant la volonté du haut commandement militaire de mettre le pays sur les rails d’une véritable transition démocratique. Cette commission comprenait trois juges (dont un chrétien), trois professeurs de droit, et un ancien député des Frères musulmans, Subhî Sâlih, avocat de son état. Le choix de confier la présidence de cette commission à Târiq Al-Bishrî était à la fois logique et emblématique de la volonté de tourner la page de l’ancien régime. Logique, car Târiq Al-Bishrî est un juriste respecté, dont la carrière l’a mené jusqu’au poste de premier adjoint du président du Conseil d’État. Emblématique, car il s’est toujours prononcé contre les tribunaux militaires et pour un équilibre du pouvoir entre les institutions. Surtout, outre sa carrière de juriste, Târiq Al-Bishrî est connu comme philosophe et historien. Venu de la gauche nationaliste, il se rapproche de l’islam politique, qu’il considère comme une manifestation de la troisième étape de l’indépendance, l’indépendance culturelle devant venir compléter et renforcer l’indépendance politique et l’indépendace économique.

Avec Yûsuf Al-Qaradâwî, Fahmî Huwaîdî, Muhammad Salîm Al-`Awwâ, Muhammad Al-Ghazâlî et Kamâl Abûl-Magd, il appartient à ce que Raymond Baker a appelé « le nouveau courant islamiste ». Ces intellectuels prônent un islam du juste milieu (الوسطية), se frayant une voie entre théocratie et sécularisme. Ils cherchent à concilier, chacun à sa manière, les prescriptions religieuses et le mode de vie moderne. Contrairement à Yûsuf Al-Qaradâwî et Muhammad Salîm Al-`Awwâ qui raisonnent en partant des textes religieux, le cheminement intellectuel de Târiq Al-Bishrî est plus politique. Pour lui, l’islam et la démocratie sont pleinement compatibles, car le peuple étant profondément religieux, lui rendre le pouvoir revient à le donner à l’islam. Il a par ailleurs travaillé sur l’histoire des mouvements politiques égyptiens, et pense que la fusion du nationalisme arabe et de l’islam politique est à la fois souhaitable et inéluctable. Comme les autres penseurs du nouveau courant islamiste, il se tient pourtant à l’écart de tout engagement politique. Ces intellectuels espèrent en effet influencer les sociétés arabes en pratiquant le dialogue sans exclusive. Si leurs ouvrages font partie du matériel de formation des militants fréristes (avec les écrits de Hassân Al-Bannâ et de Sayyîd Qutb), ils sont également proche du Wasat, dont je parlais dans un précédent billet. L’intellectuel chrétien Rafîq Habîb, qui a joué le rôle de numéro deux de ce parti à ses débuts (avant de s’en éloigner au début des années 2000) se revendique ainsi de « l’école de Târiq Al-Bishrî ». Enfin, ces intellectuels dialoguent volontiers avec des universitaires laïques, et considèrent que l’interprétation des textes sacrés (إجتهاد) doit être ouverte à tous, le critère ultime d’une interprétation correcte étant au final son adoption par les masses.

La nomination de ce juriste réputé et intellectuel engagé à la tête de la commission chargée du toilettage de la Constitution a donc été un signal fort envoyé par le haut commandement militaire. La composition de cette commission a néanmoins été critiquée, notamment à cause de l’absence de femmes et de jeunes en son sein. Sa formation est intervenue après la suspension de la Constitution et la dissolution du Parlement élu en novembre dernier dans des conditions pour le moins contestées. Elle avait pour mandat non pas d’écrire une nouvelle Constitution – cette tâche étant laissée au futur gouvernement élu – mais seulement de modifier la Constitution existante afin de permettre des élections démocratiques. La commission a rempli sa mission dans les temps (dix jours) et les modifications apportées à la Constitution  si elles ne sont pas révolutionnaires, semblent néanmoins répondre aux objectifs affichés. Comme annoncé, cette révision va dans le sens d’une limitation des pouvoirs du président de la République.

Sept articles ont été modifiés en tout, et si la nouvelle version de l’article 77 (le mandat présidentiel est raccourci de six à quatre ans, et limité à deux mandats consécutifs) a fait les gros titres de la presse, d’autres modifications sont appelées à jouer un rôle important dans les futures élections. La modification de l’article 76 modifie ainsi les conditions d’éligibilité du président : si un parti doit toujours avoir au moins un élu dans chacune des chambres – l’Assemblée du peuple (مجلس الشعب) et l’Assemblée consultative (مجلس الشورى) – (le maintien de cette condition laisse d’ailleurs présager une organisation des élections législatives en amont des élections présidentielles) pour présenter un candidat, les conditions à réunir pour un candidat indépendant sont assouplies. Désormais, n’importe quel citoyen peut se présenter, si 30 000 électeurs soutiennent sa candidature. La modification des articles 87 et 88, quant à elle, offre des garanties pour que les élections se déroulent dans les meilleures conditions possible. Le contrôle des bureaux de vote est ainsi rendu aux juges (statutairement indépendants), après que la révision constitutionnelle de 2007 leur ait retiré cette prérogative, ouvrant ainsi la voie à des malversations sans précédent depuis quinze ans lors des législatives de novembre dernier (art. 87).  Par ailleurs, la Cour constitutionnelle se voir confier le droit d’invalider une élection en cas de fraudes, alors que jusqu’à présent, le Parlement était le seul juge des irrégularités commises par ses propres membres (art. 88).

Les autres modifications ont pour objectif de limiter les prérogatives du président, qui se voit ainsi contraint de nommer un vice-président dans les deux mois qui suivent sa prise de fonction (art. 139). Moubarak avait en effet attendu près de trente ans avant de nommer un vice-président ! L’article 179, qui autorisait le président à renvoyer les cas de « terrorisme » devant n’importe quelle cour – y compris les tribunaux militaires – est purement et simplement supprimé. La modification de l’article 189 donne par ailleurs au Parlement et au président un droit égal à proposer des modifications de la Constitution, ces modifications devant dans tous les cas être proposées à référendum.

Enfin, l’article 148 sur l’état d’urgence est modifié. Si l’ancienne version prévoyait déjà que la décision de proclamer l’état d’urgence, prise par le président, devait être approuvée par le Parlement, la version proposée par la commission apporte une nouveauté : après une période de six mois, la prolongation de l’état d’urgence doit être soumise à référendum. Dans un pays soumis sans discontinuer à l’état d’urgence depuis trente ans, cette modification constitutionnelle a une portée proprement historique.

La commission est ainsi restée strictement dans les limites de ses attributions. Le scrutin uninominal pour les élections législatives n’est donc pas remis en cause. Un tel mode de scrutin désavantage cependant les jeunes formations proposant une offre programmatique forte, telles que le Wasat, Karâma et Al-Ghad, au profit de ceux qui ont quelque chose à offrir aux électeurs de leur circonscription : les Frères musulmans (qui contrôlent un réseau de mosquées, de dispensaires et d’organisations caritatives à travers tout le pays) et les notables locaux. L’attitude de ces derniers sera donc probablement un élément déterminant pour le futur politique de l’Égypte. En effet, ces notables avaient pour habitude, lors des deux précédentes élections, de se présenter comme candidats indépendants – et d’affronter ainsi le candidat officiel du PND – puis de se rallier à ce dernier une fois élus. Cette stratégie leur permettait à la fois de capitaliser le mécontentement des électeurs, qui manifestaient leur opposition en sanctionnant les candidats officiels, tout en rejoignant ensuite le parti qui leur permettait d’accèder aux ressources de l’État, et donc leur donnait les moyens de récompenser leurs électeurs. Le PND, qui n’a jamais été un véritable parti mais plutôt une collection d’intérêts privés, va probablement imploser, même s’il n’est pas dissout par les autorités militaires. Quelle va donc être l’attitude des notables ? Vont-ils se présenter comme indépendants ? Créer de nouveaux partis ? Rejoindre des partis existant (Le Wafd, bien implanté parmi les notables du pays sous la monarchie aurait d’ailleurs ici une carte à jouer) ?

En attendant les élections, une semaine de discussion publique autour des travaux de la commisison est prévue dans l’immédiat, avant de soumettre ce projet de Constitution à référendum dans deux mois. Pour l’instant, le processus se déroule comme promis par le haut commandement militaire, même si aucune date précise n’a encore été arrêtée pour les élections présidentielles et législatives qui doivent se dérouler « dans six mois », c’est-à-dire à la fin du mois d’août…

Tunisie, Égypte… Espoir démocratique pour le monde arabe

Posted By on 25 février 2011

La vidéo de la conférence organisée par le Gremmo le 11 février 2011 sur les révolutions tunisienne et égyptienne est en ligne sur le site de l’université Lyon 2 : cliquer ici.

Pour les allergiques au Flash, il est possible de télécharger le Podcast de la conférence ici.

La justice égyptienne reconnaît (enfin) le Wasat

Posted By on 20 février 2011

« Et les vents de la réparation se lèvent.

Enfin, le désir de liberté a triomphé, et la justice égyptienne a promulgué son consentement à la création du parti Wasat, pour que nous commencions ensemble à concrétiser son engagement en faveur de la justice, de la liberté, et de la citoyenneté »

Je ne pouvais pas rater l’occasion d’ouvrir ce blog sur l’annonce de la légalisation d’un parti auquel j’ai consacré six ans de recherche, et qui a pour sa part consacré quinze années à obtenir cette reconnaissance juridique : le parti Wasat (حزب الوسط, « le parti du milieu »).

L’image que j’ai reproduite ci-dessus orne désormais la page d’accueil du site du Wasat, afin de souligner l’importance de cet événement dans la vie du parti.

J’ai traduit rapidement le texte. Pour le dernier mot, مدنية, j’ai préféré le traduire par « citoyenneté » (normalement rendu en arabe par مواطنية), plutôt que de suivre mon Larousse qui me suggérait de lui préférer le terme de civilisation (en arabe : حضارة).

En effet, si les deux notions – citoyenneté et civilisation – ont leur importance dans le discours du Wasat, le sens porté par le terme مدنية est clairement en rapport avec la première. On retrouve ce terme dans l’expression d’État civil (دولة مدنية) dont se réclame le Wasat, par opposition à l’État islamique que revendiquait Hasân Al-Bannâ, le fondateur des Frères musulmans, mais aussi à l’État laïque. L’État civil, c’est dans l’esprit des membres du Wasat, un État dirigé par des spécialistes de la gestion, des technocrates recrutés sur des critères de compétence, hors de toute considération religieuse et idéologique.

Cette notion est donc selon moi à rapprocher de celle de citoyenneté  (مواطنية) qui est mobilisée dans le discours du Wasat pour indiquer que l’État doit être indifférent à la religion de ses citoyens, qui ont tous un droit égal à participer à la vie publique (jusqu’à occuper le poste de président de la République, qui était réservé aux musulmans dans la Constitution suspendue la semaine dernière).

Enfin, le terme de civilisation (حضارة) apparaît lui aussi dans le discours du Wasat, toujours dans l’objectif de se démarquer de l’idéologie frériste classique. Pour le Wasat, en effet, l’Islam représente un cadre civilisationnel, et non religieux. Les minorités religieuses vivant en terre d’Islam (comme les coptes égyptiens) appartiennent à part entière à cette civilisation.

On le voit, le Wasat n’a eu de cesse de se démarquer de l’idéologie frériste orthodoxe. Il faut dire que ce parti a été fondé par des Frères musulmans en 1996, et que – bien que les différentes versions de l’histoire soient impossible à démêler – il devait être au départ un parti pour la Confrérie. Suite au premier refus de la Commission des partis, et devant la volonté des fondateurs du Wasat de faire appel, le Bureau de Guidance (مكتب الإرشاد) des Frères musulmans a condamné l’initiative, et a appelé ses militants à se retirer du projet. Si la plupart ont obéi à l’injonction, certains parmi les plus engagés dans le parti ont préféré quitter la Confrérie et continuer l’aventure.

La Commission des partis a été créé par Sadate en 1978, dès l’adoption du multipartisme. Fortement dépendante du pouvoir exécutif de part sa composition, elle avait pour tâche d’examiner les demandes de création de nouveaux partis. La plupart des demandes étaient ainsi rejetées (en 2010, on recensait seulement 24 partis légaux en Égypte). Si les impétrants se décourageaient généralement rapidement, il était néanmoins possible de faire appel des décisions de la Commission devant le Conseil d’État.

Le Wasat a suivi cette procédure à quatre reprises (1996, 1998, 2004 et 2010). Il n’a jamais baissé les bras, et s’est efforcé d’exister malgré son statut de parti « en attente de fondation » (تحت التأسيس). Le seul autre parti à avoir fait preuve d’une telle capacité de résilience est le parti Karâma, fondé par des nassériens dissidents en 1995, et refusé à deux reprises, en 1995 et en 2004. En faisant du Wasat le premier parti légalisé dans l’après-Moubarak, la justice égyptienne prend acte du décès de l’ancien régime.

Pendant les quinze années de son existence durant lesquelles il a été confiné dans un statut lui interdisant toute activité politique, ce parti a su s’adresser aux intellectuels égyptiens, aux autres mouvements d’opposition et aux média internationaux. La poignée d’ingénieurs, d’avocats et de médecins cairotes qui sont à sa tête – secondés il est vrai depuis 7 ou 8 ans par quelques hommes d’affaires – parviendra-t-elle à recruter des militants dans d’autres couches de la société et à s’étendre dans le sud du pays ? Ce mouvement aux confins de l’intellectuel et du politique (à tel point qu’il a parfois été décrit comme un think tank) saura-t-il développer une véritable organisation partisane ?

Les échéances électorales qui s’annoncent vont constituer un premier test pour ce parti, qui a su développer au fil des années un programme politique détaillé, adossé à une vision du monde très élaborée.